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Mon petit frère n'a pas réussi à lire mon livre. Alors j'en ai fait un jeu.
Dans chaque classe, il y a des élèves qu'on ne voit pas. Ils ne se cachent pas : c'est le support qu'on leur tend qui ne leur laisse aucune place. Voici comment l'un d'eux m'a fait changer de projet.
§ 47
Tu t'enfonces entre les troncs. La lumière baisse, les fougères te frôlent les jambes et, quelque part devant toi, une lueur blanche palpite entre les arbres. Le sentier se divise en deux branches qui se perdent dans la brume.
Si tu choisis de suivre la lueur malgré le froid qui monte du sol, rends-toi au 112. Si tu préfères revenir sur tes pas pour retrouver le reste du groupe avant la nuit, rends-toi au 23. Si tu as ramassé la plume argentée au paragraphe 9, rends-toi au 68.
Le vent se lève. Les feuilles murmurent des mots que tu ne comprends pas encore, et derrière toi, quelque chose craque dans les broussailles…
Le livre — des renvois, des paragraphes serrés : un labyrinthe avant même la forêt.
Kylian
Tu l'as vue ? Là, entre les arbres… une licorne.
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Le jeu — l'image raconte, le choix tient en un clic.
Cet article parle de dyslexie. Vous pouvez l'afficher avec plus d'espace entre les lignes, les mots et les lettres.
Un livre dont vous êtes le héros, sauf pour lui
Un jour, j'ai écrit un livre dont vous êtes le héros. Des embranchements, des choix, une forêt, des énigmes. Le premier lecteur auquel j'ai pensé, c'était mon petit frère, Kylian. Je lui ai tendu le support avec une certaine fierté.
Il a lu les premières pages. Puis il l'a refermé.
Kylian a été diagnostiqué dyslexique. Chaque ligne lui demandait un effort que la plupart des lecteurs ne soupçonnent même pas. Les mots se brouillaient, les renvois d'un paragraphe à l'autre devenaient un vrai labyrinthe. L'histoire était là, juste devant lui, et il ne pouvait pas y entrer.
Le livre que j'avais écrit pour lui était en réalité écrit pour tout le monde, sauf pour lui.
Le déclic : qui pense aux enfants invisibles ?
Ce jour-là, j'ai compris une chose. Kylian ne manquait ni d'imagination ni de curiosité. Il voulait savoir ce qui se cachait dans cette forêt. Ce qui le bloquait, c'était le support.
Une question ne m'a plus quittée depuis : qui pense aux enfants invisibles ? Ceux dont les difficultés d'apprentissage ne se voient pas au premier regard, mais qui décrochent dès qu'on leur tend un texte trop dense, un manuel, une consigne écrite. On les dit distraits, lents, « dans la lune ». Bien souvent, ils comprennent très bien. Il leur manque simplement une porte d'entrée.
Vous en avez sans doute dans votre classe ou dans votre établissement.
Remettre tout le monde sur la même ligne de départ
Les Gardiens du Monde est né de cette question. Mon objectif tient en une phrase : placer ces élèves à égalité avec ceux qu'on appelle les élèves « standards ».
Plutôt qu'un livre, j'ai conçu un jeu narratif, un visual novel. L'histoire avance par les images, les dialogues et les choix du joueur. L'élève n'a plus à franchir un mur de texte avant de pouvoir s'intéresser à l'histoire : c'est l'histoire qui vient à lui.
Les joueurs incarnent Kylian ou Mégane, deux collégiens qui remarquent ce que les autres ne voient pas. Pendant une sortie en forêt, ce sont eux qui aperçoivent une licorne. Ils la suivent, se perdent, et se retrouvent face à des choix concrets autour de la préservation de la nature, le thème de ce jeu. Chaque nouvel épisode abordera un autre sujet de société.
Ce que cela change dans une classe
Pour un enseignant, l'intérêt n'est pas d'avoir un jeu de plus. Il est d'avoir un support sur lequel toute la classe démarre au même endroit. L'élève en difficulté ne travaille pas sur une version simplifiée pendant que ses camarades lisent la « vraie ». Tout le monde vit la même histoire, fait les mêmes choix, et peut en débattre ensuite.
Avec un texte dense
- L'élève dys bute sur la forme avant d'atteindre le fond.
- On lui propose une version à part, « simplifiée ».
- Il arrive au débat avec un temps de retard.
Avec Les Gardiens du Monde
- L'histoire passe par l'image et le dialogue.
- Un seul support, le même pour toute la classe.
- Chacun arrive au débat avec ses propres choix.
Le sujet de société n'arrive pas sous forme de leçon. Il découle des décisions que l'élève a prises lui-même. C'est souvent là que le discours moralisateur échoue et que l'histoire réussit : on ne dit pas à l'élève quoi penser, on le met en situation de choisir.
Kylian n'a jamais fini mon livre.
J'aimerais qu'aucun de vos élèves n'ait plus à refermer une histoire dès les premières pages.
M
Mégane — Nova Graph
Graphiste freelance à Lille et autrice des Gardiens du Monde. J'écris et j'illustre des histoires pour que chaque élève puisse y entrer, quelle que soit sa façon de lire.
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